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GUIDE

Comment organiser un exercice sur table de gestion de crise en deux heures

Un exercice sur table réunit l’équipe autour du plan et d’un scénario qui évolue, pour trouver où le plan cède avant qu’une vraie crise s’en charge. Ce guide donne des objectifs, les rôles, un scénario de crue avec ses messages minutés, un programme et une façon de noter le résultat, pour un plan communal de sauvegarde (PCS) comme pour toute autre équipe.

Dernière vérification 2026-10-30

Ce qu’un exercice sur table permet de tester, et ce qu’il ne teste pas

En France, le mot recouvre ce que les textes de sécurité civile rangent parmi les exercices de réflexion. Le guide du SDIS d’Ille-et-Vilaine, tiré du mémento du ministère de l’Intérieur, distingue trois formats : l’exercice de réflexion, ou étude de cas sur table, l’exercice partiel, qui met en œuvre une partie du plan, et l’exercice général de terrain. Les durées proposées ci-dessous sont les nôtres, car aucun de ces documents n’impose de minutage pour une séance sur table.

L’obligation, elle, existe pour les communes. L’article L731-3 du code de la sécurité intérieure (CSI) demande un exercice de mise en œuvre du PCS au moins tous les cinq ans, associant les communes et les services concourant à la sécurité civile, et si possible la population. Selon l’article D731-9, ces exercices servent à tester le réalisme du plan, à vérifier les procédures, à former les équipes et à évaluer les moyens. Le texte ne fixe pas de format : demandez au SIDPC de votre préfecture si une séance sur table suffit à votre cas. Participer à un exercice organisé par l’intercommunalité vaut exercice pour la commune (art. D731-10), et une activation réelle du plan dans le délai en tient lieu (art. D731-13).

La séance coûte peu et se répète facilement. Elle fait apparaître les autorités floues, les contacts manquants, les hypothèses fausses et les décisions que personne n’avait prévu de prendre. Elle ne dira pas combien de temps il faut pour descendre un brancard dans un escalier, ni si la radio porte jusqu’au fond de la vallée : pour cela, il faut un exercice de terrain, et une bonne séance sur table indique lequel vaut la peine.

Dans le cycle de préparation, cet exercice relève de l’étape TRAIN, et ses constats alimentent LEARN puis CHANGE THE WORLD MODEL. Travaillez donc sur votre vrai plan : une commune imaginaire n’apprend rien sur votre pont.

Deux ou trois objectifs que l’on peut noter

Deux heures en supportent trois au plus. Le guide du SDIS 35 part d’un objectif général complété d’objectifs secondaires, et ce sont eux qui décident de la forme de l’exercice. Rédigez chacun de façon qu’un observateur puisse répondre oui, en partie ou non.

  • Moins de 15 minutes (heure du scénario) après la vigilance, l’élu d’astreinte indique qui dirige et qui a été prévenu.
  • À partir du seul PCS, sans appeler personne d’extérieur à la salle, le groupe retrouve tous les établissements sensibles de la zone inondable.
  • Une fois les téléphones mobiles déclarés hors service, le groupe précise comment chaque équipe sera jointe, et à quelle heure.

Qui participe : joueurs, animateurs et observateurs

RÔLECE QU’IL FAITPOINT D’ATTENTION
Commanditaire (le maire ou l’élu référent)Valide le but et les objectifs, signe le compte renduAssiste au débriefing à chaud ; il n’a pas besoin de jouer
Directeur d’exercice (DIREX)Présente le cadre, tient le rythme, coordonne animateurs et observateursN’est pas l’auteur du plan testé
AnimateursEnvoient les messages, jouent la préfecture, un habitant, un exploitantLe correspondant incendie et secours ou un partenaire extérieur convient bien
Secrétaire de séanceTient la main courante : décisions, heures, hypothèses, questions ouvertesNote ce qui a été décidé, sans reformuler
Observateurs (évaluateurs)Remplissent une grille d’observation par objectifDiscrets, ils ne prennent pas part aux échanges
JoueursLes personnes qui prendraient vraiment ces décisionsIls n’ont pas participé à la préparation, sinon l’exercice est faussé
Voix extérieureUn officier du SDIS, le SIDPC, la direction d’un EHPADSouvent à l’origine de la correction la plus utile

Un scénario de crue avec messages minutés

TEMPS RÉELHEURE DU SCÉNARIO ET MESSAGEDÉCISION ATTENDUE
0:20Dim. 06:10. Vigicrues place le tronçon en vigilance orange. La station amont monte et de nouvelles pluies sont annoncées.Qui est prévenu ? Le PCS est-il déclenché, et par qui ?
0:35Dim. 09:30. Un EHPAD de 38 résidents, dont neuf alités, demande s’il doit évacuer. La direction n’a qu’une soignante sur place.Qui décide ? Où vont les résidents, et comment ?
0:55Dim. 11:45. Plus de réseau mobile au sud de la commune. Les lignes fixes des services techniques sont coupées aussi.Comment joindre les équipes déjà dehors ? Quel moyen de repli ?
1:10Dim. 13:20. Le pont est fermé. Quarante personnes arrivent à la salle polyvalente pour aider, certaines avec leur barque.Qu’en fait-on ? Qui leur parle ?
1:25Dim. 15:00. Un journaliste annonce qu’une résidente de l’EHPAD a disparu. Votre main courante montre que personne n’a confirmé le dernier décompte.Que dire à la famille et au public ? Qui recoupe la liste ?

Chaque message doit imposer une décision. Si le groupe avance trop vite, demandez ce qui changerait si la même chose arrivait à 02:00 avec la moitié des personnes disponibles. Gardez le scénario confidentiel jusqu’au jour de l’exercice.

Un programme de deux heures

HEUREACTIVITÉQUI MÈNE
0:00Accueil, consignes, convention d’exercice, but et objectifsCommanditaire
0:10Situation de départ et état du planDIREX
0:20Messages 1 et 2, puis courte revue des décisionsDIREX
0:55Messages 3 et 4DIREX
1:25Message 5 et situation finaleDIREX
1:40Débriefing à chaud : la parole à chacun, en commençant par les fonctions les moins élevéesCommanditaire
1:55Actions, responsables et date du RETEX à froidSecrétaire de séance

Évaluer l’exercice et rédiger le RETEX

Notez les objectifs, jamais les personnes. Les observateurs marquent chaque objectif atteint, partiellement atteint ou non atteint, avec une ligne de preuve tirée de la main courante. Séparez trois types de constats, car chacun appelle une suite différente : une lacune du plan, une lacune de connaissance ou de formation, un manque de moyens.

L’article D731-12 du CSI impose un retour d’expérience après chaque exercice communal ou intercommunal, élaboré avec tous les acteurs associés et assorti de préconisations pour ajuster ou confirmer le plan. La fiche méthodologique d’Episeine, publiée par l’EPTB Seine Grands Lacs, décrit deux temps : le débriefing à chaud, avant de fermer la cellule, sert à donner la parole et à faire retomber la tension, sans chercher encore de solutions ; le débriefing à froid vient deux semaines à un mois plus tard, avec des questions préparées. Pour une petite commune, le RETEX tient sur une page. Notre guide pour conduire un RETEX donne un programme et un registre des enseignements.

Ce qu’il reste à faire après l’exercice

Sous une semaine

  • Envoyez la main courante et les objectifs notés à tous les participants.
  • Inscrivez chaque constat au registre avec un responsable et une date.
  • Corrigez aussitôt l’annuaire opérationnel et les erreurs de fait du PCS.

Sous un mois

  • Mettez à jour le plan, les cartes et le calendrier de formation, puis notez la nouvelle version.
  • Tenez le débriefing à froid et demandez aux partenaires présents ce qu’ils vont modifier.

Avant le prochain exercice

  • Vérifiez que chaque action a sa preuve de réalisation.
  • Construisez le scénario suivant autour du constat le plus faible.
  • Passez sur le terrain ce qu’une discussion ne peut pas démontrer.
  • Regardez si la Journée nationale de la résilience, qui comprend des exercices de sécurité civile associant la population (art. R731-15), peut accueillir ce rendez-vous.
La place de Sinkaos

Sinkaos transforme un vrai plan de mission en scénario d’exercice sans toucher à l’original et joue l’exercice dans un mode clairement signalé, pour que rien de simulé ne soit pris pour du réel. Injects, embranchements et évaluation selon des critères sont intégrés, et les constats peuvent proposer des changements aux plans, itinéraires et cartes. Voir formation et exercices.

Questions sur l’exercice sur table

À quelle fréquence l’organiser ?
La loi demande un exercice de PCS au moins tous les cinq ans, sans parler de format. Pour garder la main, deux séances sur table par an conviennent à beaucoup d’équipes, plus une après tout changement de plan, de municipalité ou de partenaire.
Combien de temps de préparation faut-il ?
Le guide du SDIS 35 compte quatre mois pour préparer un exercice PCS, groupe de travail compris. Sur un plan bien connu, une séance sur table se monte plus vite : comptez environ une journée de travail pour l’animateur, avec une répétition auprès d’un collègue. C’est notre estimation.
Les joueurs doivent-ils connaître le scénario ?
Partagez le but, les objectifs et le plan. Gardez les messages pour la séance : les joueurs n’ont accès qu’à l’information qui les concerne, comme ce serait le cas le jour venu.
Quelle différence avec un exercice de terrain ?
Un exercice de terrain engage de vraies personnes et du vrai matériel en temps réel, et demande une organisation de sécurité. L’exercice sur table teste les décisions et coûte bien moins cher. Les exercices généraux relèvent le plus souvent de la préfecture.
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