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GUIDE

Comment préparer un plan communal de sauvegarde qui sert vraiment le jour venu.

On juge un plan communal de sauvegarde (PCS) à ce qu’il apporte pendant la première heure d’une crise. Ce guide rappelle ce que le code de la sécurité intérieure impose aux communes depuis la loi Matras, propose une structure de PCS pour une petite ou moyenne commune et finit par une liste de contrôle pour l’année, la première heure et le retour d’expérience.

Dernière vérification 2026-10-23

À quoi sert un plan communal de sauvegarde

Un jour ou l’autre, chaque commune se retrouve face à une situation que l’organisation ordinaire de la mairie ne suffit pas à gérer : une crue, une tempête qui coupe routes et électricité pendant plusieurs jours, une eau du robinet impropre à la consommation, un accident sur un site industriel voisin. Les sapeurs-pompiers et le SAMU s’occupent des secours. La commune, elle, doit alerter et informer la population, mettre à l’abri, héberger et ravitailler les habitants touchés, et continuer à fonctionner.

Le PCS organise cette « sauvegarde » à l’avance. Un bon plan répond vite à quatre questions : qui décide, qui appeler, où trouver les moyens, et quoi faire en premier dans chaque scénario probable. Un classeur de 120 pages rangé depuis son adoption n’y répond pas à six heures du matin.

Les conseils pratiques ci-dessous valent pour toute commune. La partie juridique décrit le droit français en vigueur, en particulier le code de la sécurité intérieure (CSI) tel que modifié par la loi n° 2021-1520 du 25 novembre 2021, dite loi Matras, et par le décret n° 2022-907 du 20 juin 2022.

Qui fait quoi dans le cadre français

La gestion d’une crise locale repose sur deux autorités de police : le maire sur le territoire de sa commune, le préfet à l’échelle du département. Le PCS s’inscrit dans le dispositif ORSEC du préfet, qui organise la réponse de sécurité civile à l’échelle départementale.

  • Le maire est directeur des opérations de secours (DOS) sur sa commune au titre de ses pouvoirs de police (CGCT, art. L2212-2, 5° ; CSI, art. L742-1). Il arrête le PCS, le transmet au préfet et en assure la mise en œuvre.
  • Le préfet prend la direction des opérations quand l’événement dépasse les capacités ou le territoire d’une commune, en cas de carence du maire, ou quand il déclenche le dispositif ORSEC (CSI, art. L742-2). Il arrête l’ORSEC départemental et s’appuie sur le centre opérationnel départemental (COD).
  • Les communes soumises au PCS sont notamment, depuis la loi Matras, celles dotées d’un plan de prévention des risques naturels ou miniers prescrit ou approuvé, celles comprises dans le périmètre d’un plan particulier d’intervention (PPI), situées en zone de sismicité 3 à 5, dans un territoire à risque important d’inondation, ou exposées aux feux de forêt (CSI, art. L731-3). Le PCS doit être arrêté dans les deux ans qui suivent la notification du préfet.
  • L’intercommunalité à fiscalité propre établit un plan intercommunal de sauvegarde (PICS) dès qu’au moins une commune membre est soumise au PCS (CSI, art. L731-4). Le PICS organise la solidarité et la mutualisation des moyens entre communes ; il ne remplace pas les PCS.
  • Les durées : le PCS est révisé au moins tous les cinq ans et fait l’objet d’un exercice au moins tous les cinq ans, associant la commune, les services de secours et, si possible, la population.

Les documents qui concernent une commune

DOCUMENTQUI LE PRÉPAREBASE LÉGALEPOUR LA COMMUNE
Dispositif ORSEC départementalLe préfet, avec le SIDPC et les services de l’ÉtatCSI, art. L741-1 et suivantsFournit des données, s’y insère
Plan communal de sauvegarde (PCS)Le maireCSI, art. L731-3 ; décret n° 2022-907Obligatoire dans les communes exposées ; révisé au moins tous les cinq ans
Plan intercommunal de sauvegarde (PICS)Le président de l’EPCI à fiscalité propreCSI, art. L731-4Préparé par l’intercommunalité, avec les communes
Document d’information communal sur les risques majeurs (DICRIM)Le maireCode de l’environnement, art. R125-11Obligatoire dans les communes exposées à un risque majeur
Plan de prévention des risques naturels (PPRN, dont PPRI)Le préfetCode de l’environnement, art. L562-1Annexé au PLU ; rend le PCS obligatoire

Le service interministériel de défense et de protection civiles (SIDPC) de votre préfecture vous confirme si votre commune est soumise au PCS ; il fournit souvent une trame, et le ministère de l’Intérieur propose un modèle simplifié pour les petites communes.

Une structure type pour votre PCS

Le décret du 20 juin 2022 fixe le contenu minimal du PCS : un diagnostic des risques, le recensement des personnes vulnérables et des enjeux, l’organisation de l’alerte et de l’information avec un annuaire opérationnel, les modalités d’emploi de la réserve communale de sécurité civile et des bénévoles, l’organisation du poste de commandement communal, les actions des services municipaux et l’inventaire des moyens de la commune et de tiers. Faites court, et mettez en tête les pages utiles dans la première heure.

  1. Fiche de déclenchement. Une page : ce qui active le PCS, qui le maire appelle en premier, où s’installe le poste de commandement communal et où il se replie si le bâtiment est touché.
  2. Annuaire opérationnel. Élus d’astreinte, suppléants, agents clés, préfecture (SIDPC, COD), centre de traitement de l’alerte des pompiers, gendarmerie ou police, gestionnaires de réseaux, communes voisines, intercommunalité. Notez qui dispose d’une radio ou d’un téléphone satellite.
  3. Diagnostic des risques. Reprenez les aléas du dossier départemental sur les risques majeurs (DDRM) et du PPR, puis ajoutez ce que vous seuls savez : le ruisseau qui déborde dans la rue basse, le pont qui est la seule sortie d’un hameau.
  4. Recensement des enjeux. Population par quartier, écoles, EHPAD, personnes isolées ou dépendantes qui auront besoin d’aide pour partir, lieux d’hébergement, points de rassemblement, points d’eau, groupes électrogènes, véhicules et engins disponibles.
  5. Fiches réflexes par scénario. Crue, coupure d’électricité prolongée, eau non potable, tempête, accident industriel ou de transport de matières dangereuses, évacuation. Une ou deux pages chacune : premières mesures, qui fait quoi, message à la population.
  6. Alerte et information. FR-Alert est déclenché par l’État ; la commune garde ses propres moyens : sirène, automate d’appel, haut-parleurs, réseaux sociaux, porte-à-porte. Indiquez qui couvre quelle rue quand le courant est coupé.
  7. Mise à l’abri, évacuation, hébergement. Itinéraires, centres d’accueil et de regroupement, transport, ravitaillement, et la façon de savoir qui est allé où.
  8. Moyens et conventions. Conventions avec des entreprises locales pour des engins, du transport ou des fournitures, réserve communale de sécurité civile et bénévoles sur lesquels vous pouvez compter.
  9. Main courante et comptes rendus. Comment le poste de commandement consigne décisions et actions, et comment il rend compte à la préfecture.
  10. Annexes. Cartes des zones inondables, des itinéraires et des sites sensibles, textes applicables, liste de diffusion du plan.

Organiser le poste de commandement communal

Le poste de commandement communal (PCC) est la cellule de crise de la mairie. Le maire y dirige les opérations de sauvegarde pendant que le commandant des opérations de secours, en général un officier de sapeurs-pompiers, dirige les secours sur le terrain. Si le préfet prend la direction des opérations, le PCC reste en place : il met en œuvre les mesures de sauvegarde et fait remonter la situation locale au COD.

Pour une petite commune, un PCC qui fonctionne compte cinq à huit personnes : le maire, un ou deux adjoints, le directeur général des services ou le secrétaire de mairie, le responsable des services techniques, quelqu’un qui connaît le volet social (écoles, CCAS, aide à domicile) et une personne chargée de la main courante. Dans les communes qui n’ont pas d’adjoint ou de conseiller délégué à ces questions, le correspondant incendie et secours désigné par le conseil municipal est un relais naturel. Prévoyez un suppléant pour chaque fonction : une vraie crise dure plus longtemps qu’une seule vacation.

La commune peut aussi créer une réserve communale de sécurité civile (CSI, art. L724-1 et suivants), composée d’habitants bénévoles qui appuient les agents pour l’hébergement, le ravitaillement ou le porte-à-porte. Décidez à l’avance où se réunit le PCC, comment la salle est alimentée et reliée si le courant tombe, et comment les décisions sont consignées. Une décision non écrite et non horodatée ne pourra pas être expliquée au préfet, à l’assureur ou au conseil municipal.

Inondations, vigilances, PPRI et reconnaissance de catastrophe naturelle

Pour le risque inondation, le PCS s’appuie sur la vigilance crues de Vigicrues et sur la vigilance météorologique de Météo-France. Fixez dans le plan les seuils de hauteur d’eau, station par station, qui déclenchent une veille, la réunion du PCC ou l’évacuation d’un quartier. La cartographie du PPRI et des territoires à risque important d’inondation donne les zones à couvrir en priorité.

Après l’événement, c’est le maire qui dépose la demande communale de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle auprès de la préfecture, dans un délai de 24 mois après le début de l’événement depuis la loi n° 2021-1837 du 28 décembre 2021. Une main courante horodatée, des photos géolocalisées et la liste des secteurs touchés facilitent ce dossier comme le retour d’expérience.

À cocher dans l’année, à la première heure et au retour d’expérience

Chaque année

  • Mettez à jour l’annuaire opérationnel, les astreintes et les suppléants.
  • Revoyez le recensement des personnes vulnérables et des établissements sensibles.
  • Vérifiez que les conventions avec les entreprises locales et la réserve communale tiennent toujours.
  • Testez l’automate d’appel, la sirène et le lieu de repli du PCC, alimentation électrique comprise.
  • Notez la date de la dernière révision du PCS et du dernier exercice : cinq ans au plus pour chacun.
  • Présentez le PCS au conseil municipal après chaque renouvellement.

La première heure

  • Confirmez la situation auprès des sapeurs-pompiers ou de la préfecture.
  • Activez le PCC et ouvrez la main courante, avec les heures.
  • Répartissez l’alerte de la population par quartier et vérifiez qu’elle a été faite.
  • Prenez contact avec le commandant des opérations de secours s’il est sur place.
  • Repérez les personnes vulnérables dans la zone touchée et attribuez quelqu’un à chacune.
  • Rendez compte au SIDPC ou au COD si celui-ci est activé.

Après l’événement

  • Rassemblez main courante, tâches, photos et relevés au même endroit.
  • Faites un débriefing à chaud, puis un vrai retour d’expérience quelques semaines plus tard.
  • Notez ce qui a fonctionné ou non, qui corrige quoi, et pour quand.
  • Mettez à jour le PCS et, si besoin, déposez la demande de reconnaissance de catastrophe naturelle.
La place de Sinkaos

Sinkaos transforme les cartes, l’annuaire et les fiches réflexes de votre PCS en une opération permanente que le poste de commandement communal ouvre sur un téléphone. Le jour venu, il réunit tâches, comptes rendus et positions sur une seule carte, fonctionne hors ligne et laisse une main courante horodatée à exporter pour le retour d’expérience et les comptes rendus. Voir Sinkaos pour la gestion de crise communale.

Les questions des maires sur le PCS

Ma commune doit-elle avoir un PCS ?
Oui si elle entre dans l’un des cas de l’article L731-3 du CSI : PPR naturel ou minier prescrit ou approuvé, périmètre de PPI, zone de sismicité 3 à 5, territoire à risque important d’inondation, exposition aux feux de forêt, entre autres. Votre préfecture vous le notifie. Ailleurs, le PCS reste fortement recommandé, et le ministère de l’Intérieur propose une trame simplifiée.
Quelle différence entre le PCS et le DICRIM ?
Le DICRIM informe les habitants des risques et des bons réflexes. Le PCS organise l’action de la mairie quand la crise survient. Les deux s’appuient sur le même diagnostic des risques.
À quelle fréquence faut-il le mettre à jour ?
La révision est obligatoire au moins tous les cinq ans, et un exercice doit avoir lieu au moins tous les cinq ans. En pratique, revoyez l’annuaire et le recensement des personnes vulnérables chaque année et après chaque événement réel.
Qui dirige quand les pompiers sont sur place ?
Le maire reste directeur des opérations de secours sur sa commune, sauf si le préfet prend la direction. Le commandant des opérations de secours dirige les moyens engagés sous son autorité. Notre guide sur la coordination des secours en France détaille cette chaîne.
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