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GUIDE

Comment faire un retour d’expérience (RETEX) qui change quelque chose

Pour réussir un RETEX, tenez un débriefing court tout de suite et une séance structurée plus tard, séparez les faits des récits et terminez chaque constat par un responsable et une date. Ce guide donne un programme de 60 minutes, des règles, des questions et un registre des enseignements.

Dernière vérification 2026-10-30

Où se place le RETEX dans la boucle et ce que prévoient les textes

Le RETEX correspond à l’étape LEARN du cycle de préparation, et ce qui en sort nourrit CHANGE THE WORLD MODEL : un danger ajouté à la carte, une étape ajoutée au plan, un exercice inscrit au calendrier.

En France, il n’est pas facultatif pour les plans. Chaque exercice de plan communal ou intercommunal de sauvegarde fait l’objet d’un retour d’expérience élaboré avec tous les acteurs associés, avec des préconisations pour ajuster ou confirmer le plan, et il en va de même après une activation réelle (art. D731-12 et D731-13 du code de la sécurité intérieure). Côté État, le ministre chargé de la sécurité civile assure la synthèse et la diffusion nationale des retours d’expérience conduits sous l’autorité du préfet après tout recours à ORSEC (art. R741-5), et les plans ORSEC sont révisés au vu de ces enseignements.

Chez les sapeurs-pompiers, la matière première reste le compte rendu de sortie de secours (CRSS), dont le chef d’agrès répond. La méthode est présentée dans notre fiche sur le retour d’expérience.

Débriefing à chaud ou RETEX à froid

DÉBRIEFING À CHAUDRETEX À FROID
QuandAvant que chacun reparte, ou avant de fermer le PCCDeux semaines à un mois après
Durée10 à 20 minutes60 minutes, davantage pour un gros événement
Mené parLe chef d’agrès, le responsable d’équipe ou l’élu de permanenceUn animateur qui n’était pas aux commandes
QuiL’équipe présenteToutes les personnes qui avaient un rôle, partenaires compris
MatièreMémoire et notesMain courante, points de situation, traces, messages, versions du plan, photos
RésultatRessenti exprimé, sécurité, soutien, éléments à conserverConstats, enseignements, responsables et dates

Le débriefing à chaud : trois questions et un mot sur l’état de chacun

Réunissez les gens avant que quelqu’un prenne la route, et donnez la parole à tour de rôle, en commençant par les fonctions les moins élevées pour éviter que chacun s’aligne sur son supérieur. Demandez ce qui a bien marché, ce qui n’a pas marché, et si quelque chose doit changer avant la prochaine garde. Demandez ensuite franchement si quelqu’un a besoin de soutien. Notez le matériel cassé, les presque-accidents et tout document à conserver. Gardez les causes pour plus tard : la fiche d’Episeine rappelle que ce moment sert à s’exprimer, sans chercher de solutions a posteriori.

Les règles à lire au début

Dites-les à voix haute, même si tout le monde les connaît. Elles comptent surtout pour la personne la moins gradée de la salle.

  • Nous sommes ici pour améliorer le dispositif. Les questions disciplinaires se traitent ailleurs.
  • Les galons restent à la porte : le plus récent parle en premier.
  • Une personne parle à la fois, et de ce qu’elle a vu.
  • Les désaccords sont notés. Personne n’est tenu d’arriver à une version unique.
  • Ce qui se dit des personnes reste ici ; seuls les constats circulent.

Un programme de 60 minutes pour le RETEX à froid

MINUTESACTIVITÉRÉSULTAT
0-5But, règles, tour de tableAttentes partagées
5-15Ce qui était prévu : objectifs, rôles, horairesLa référence
15-30Ce qui s’est passé : la chronologie, à partir des documentsFaits validés, trous signalés
30-45Pourquoi l’écart : le récit de chaque équipe, puis les causesConstats étayés
45-55Ce qu’on garde, ce qu’on changeProjets d’enseignements
55-60Responsables, dates, prochain point, remerciementsRegistre à jour

Des questions qui donnent des réponses utiles

Interrogez le travail et ce que les gens voyaient sur le moment. « Pourquoi êtes-vous allés au secteur C ? » sonne comme une accusation. « Que saviez-vous quand l’équipe est partie au secteur C ? » obtient une meilleure réponse. Pour certaines fonctions, comme le directeur des opérations de secours ou le responsable des actions communales, un entretien individuel donne parfois plus qu’un tour de table.

  • À ce moment-là, à quoi vous attendiez-vous ?
  • Quelles informations aviez-vous, et d’où venaient-elles ?
  • De quoi aviez-vous besoin sans l’avoir ?
  • Quand avez-vous compris que le plan ne collait plus ?
  • Qu’est-ce qui vous aurait facilité la tâche ?
  • Qu’avez-vous fait qui n’est écrit nulle part ?

Séparer les faits des récits

Un fait a une source que quelqu’un d’autre peut vérifier : une ligne de main courante à 14:12, une trace enregistrée, une photo horodatée. Un récit est ce qu’une personne a vu ou cru. Il garde toute sa valeur, parce qu’il explique pourquoi elle a agi. Tenez deux colonnes au tableau. Quand deux récits divergent, notez les deux et cherchez la trace écrite. Là où les documents ont des trous, dites-le. Le moment où une information a été connue en dit souvent plus que celui où l’événement a eu lieu.

Les notes peuvent vivre au-delà de la réunion. Dans une collectivité, un document produit dans le cadre d’une mission de service public est un document administratif (art. L300-2 du code des relations entre le public et l’administration), en principe communicable une fois achevé (art. L311-2). Les exceptions couvrent notamment la vie privée (art. L311-6) et ce qui porterait atteinte à une procédure devant une juridiction (art. L311-5). Rédigez donc le RETEX sans jugement sur les personnes et, si une enquête ou un contentieux est possible, prenez conseil avant de commencer.

Du constat à l’enseignement, avec un responsable et une date

La plupart des enseignements meurent à l’état d’observation. Faites passer chacun par ces étapes avant de lever la séance, ou au plus tard dans la semaine.

  1. Constat : ce qui s’est passé, avec la preuve. « Le portail 2 a mis onze minutes à s’ouvrir. »
  2. Cause : pourquoi. « La clé était chez un signaleur à l’autre bout du site. »
  3. Enseignement : ce qui vaut en général. « Une sortie de secours a besoin d’un détenteur de clé sur place. »
  4. Action : un changement sur un objet précis. « Ajouter le détenteur à la fiche du portail 2 et une boîte à clé à la dotation. »
  5. Responsable et date : une personne, une échéance.
  6. Preuve : comment on le saura, le plus souvent au prochain exercice.

Un modèle simple de registre des enseignements

RÉF.CONSTAT ET PREUVECHANGEMENTRESPONSABLEÉCHÉANCEPREUVE
24-01Deux équipes envoyées au secteur C après un message radio mal compris (main courante, traces)Affecter les secteurs par écrit en plus de la voixCoordinateur des recherches15 nov.Testé à l’exercice de décembre
24-02Le portail 2 a mis 11 minutes à s’ouvrir (chronologie)Détenteur de clé sur la fiche du portail ; boîte à clé à la dotationResponsable du site30 nov.Ouvert
24-03Batterie radio à plat à la neuvième heure (carnet matériel)Ajouter des batteries à la dotation de 12 heuresResponsable matériel8 nov.Fermé : dotation v4
La place de Sinkaos

Dans Sinkaos, le RETEX se construit à partir de l’enregistrement : messages, tâches, incidents, traces, versions du plan, alertes et médias. Les récits restent séparés des faits établis, les constats sont reliés à leurs preuves, chaque enseignement a un responsable, un périmètre et un statut, et les actions sont suivies avec échéance et preuve. Les enseignements peuvent ensuite proposer des changements aux plans, à la formation, au matériel, aux itinéraires et aux cartes. Voir le modèle du monde.

Questions sur le RETEX

Qui doit animer un RETEX ?
Quelqu’un qui n’était pas aux commandes ce jour-là et qui n’a rien à défendre. Échanger les animateurs avec une commune ou une équipe voisine marche bien.
Faut-il inviter les partenaires ?
Oui, s’ils avaient un rôle : pour un exercice de PCS, le texte prévoit la participation de tous les acteurs associés. Si le dispositif ORSEC a été déclenché, transmettez vos éléments à la préfecture, qui conduit son propre RETEX.
Et si quelqu’un est éprouvé, ou si l’événement a fait des morts ?
Séparez le débriefing opérationnel du soutien, proposez d’abord le soutien et laissez chacun libre de ne pas venir. Dans un événement grave, la cellule d’urgence médico-psychologique (CUMP) du département, organisée par l’agence régionale de santé, prend en charge les victimes. Personne ne doit revivre l’événement pour une chronologie.
Quelle différence entre RETEX et débriefing ?
Les mots se recoupent. Le RETEX est la démarche complète, jusqu’au plan d’action ; le débriefing est la réunion où l’on recueille la matière.
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