Les sept exigences fondamentales de l’OTAN pour la résilience : ce qu’elles impliquent pour les communes, les opérateurs et les ONG
Les exigences fondamentales de l’OTAN pour la résilience nationale s’adressent aux gouvernements, mais ce sont les mairies, les compagnies d’eau et d’électricité, les hôpitaux, les opérateurs de transport et les associations de bénévoles qui les mettent en œuvre. Ce guide explique les sept exigences dans leur version révisée de 2026, leur origine, et ce qu’elles signifient en France pour les organisations en dessous de l’échelon national.
D’où viennent ces exigences
L’article 3 du Traité de l’Atlantique Nord engage les Alliés à maintenir et accroître leur capacité individuelle et collective de résistance à une attaque armée. L’OTAN y inclut la préparation du secteur civil : un pays dont le gouvernement, l’énergie, les communications et les transports cèdent sous la pression ne peut ni se défendre ni recevoir l’aide des Alliés. La France, membre fondateur de l’Alliance en 1949, a quitté le commandement militaire intégré en 1966 et y a retrouvé une pleine participation en 2009 ; ces engagements la concernent comme tous les Alliés.
Au sommet de Varsovie de 2016, les dirigeants alliés ont adopté sept exigences fondamentales pour la résilience nationale. Elles traduisent trois fonctions essentielles de la préparation civile en domaines à l’aune desquels un pays peut se mesurer : la continuité de l’action gouvernementale, la continuité des services essentiels à la population et le soutien civil aux opérations militaires. Au sommet de Vilnius de 2023, les Alliés sont convenus de fixer des objectifs nationaux de résilience, et en 2024 à Washington ils se sont engagés à intégrer plus étroitement la planification civile à la planification de défense.
En septembre 2026, l’OTAN a publié une version révisée, les exigences fondamentales de 2026 pour la résilience (2026 Baseline Requirements for Resilience). La révision relève le niveau d’ambition et prend explicitement en compte le sabotage des infrastructures critiques, des cyberattaques plus fréquentes, les dépendances économiques néfastes, les phénomènes météorologiques extrêmes et la dépendance aux services spatiaux. Au sommet de La Haye de 2025, les Alliés sont aussi convenus de comptabiliser jusqu’à 1,5 % du PIB de dépenses liées à la défense et à la sécurité, qui peuvent inclure la résilience et la préparation civile.
Les sept exigences fondamentales en un coup d’œil
| EXIGENCE | CE QUE L’OTAN DEMANDE AUX ALLIÉS | CE QUE CELA SIGNIFIE LOCALEMENT |
|---|---|---|
| 1. Continuité assurée de l’action gouvernementale et des services gouvernementaux critiques | Des plans de continuité testés, une succession et une prise de décision claires, un centre de gestion de crise protégé avec des solutions de repli | Des cellules de crise capables de se réunir, de décider et de garder une trace quand la mairie n’a plus ni électricité ni réseau |
| 2. Approvisionnement énergétique résilient | Des plans d’atténuation et de rétablissement avec les opérateurs d’infrastructures, un partage d’informations avec toutes les parties prenantes concernées | Équipes de réparation et planificateurs d’urgence partageant une même situation des coupures et des priorités |
| 3. Capacité à gérer les mouvements contrôlés et incontrôlés de personnes | Des plans pour un afflux massif (y compris au-delà de 2 % de la population), l’évacuation contrôlée, la déconfliction des mouvements civils et militaires | Itinéraires d’évacuation, points d’accueil et enregistrement qui tiennent sous pression |
| 4. Ressources alimentaires et hydriques résilientes | Connaissance de la situation, alerte précoce et protection des ressources alimentaires et en eau, plans de contingence exercés | Services des eaux et communes capables d’organiser l’approvisionnement de secours et des points de distribution |
| 5. Résilience face aux afflux massifs de victimes et aux crises sanitaires perturbatrices | Une planification mobilisant toute la société, le partage d’informations médicales et de la connaissance de la situation entre autorités civiles et militaires | Services de secours, hôpitaux et bénévoles travaillant sur la même vue des victimes et des capacités |
| 6. Systèmes de communication civils résilients | Une planification de la continuité avec le secteur privé, un accès prioritaire, des moyens pour les autorités de communiquer avec la population et de l’alerter | Une solution de repli quand les réseaux mobiles et internet sont dégradés ou coupés |
| 7. Systèmes de transport civils résilients | Hiérarchiser, protéger et rétablir les transports, coordination interministérielle, systèmes de secours pour l’informatique et les systèmes industriels (IT et OT) des transports | Savoir quelles routes, quels ponts et quels véhicules sont utilisables, et qui décide des priorités |
Résumé de la brochure OTAN de 2026. Les objectifs complets figurent dans les documents sources ci-dessous.
Ce que cela signifie pour les communes
La plupart des sept domaines retombent d’une manière ou d’une autre sur les communes : elles maintiennent les services locaux, alertent et évacuent les habitants, gèrent les points d’accueil et coordonnent les bénévoles. En France, cela passe par le plan communal de sauvegarde (code de la sécurité intérieure, art. L731-3), par le dispositif ORSEC du préfet et par la Stratégie nationale de résilience, qui vise explicitement les élus locaux. Conséquences pratiques :
- Un plan communal de sauvegarde qui suppose l’absence d’électricité, de réseau mobile et d’internet, au moins pendant les premières heures.
- Un poste de commandement communal capable de travailler depuis un autre lieu en voyant toujours les mêmes informations. Voir logiciel de gestion de crise communale.
- Des itinéraires d’évacuation, des points de rassemblement et d’accueil convenus à l’avance, et un moyen d’enregistrer qui y est passé.
- Des contacts et des procédures pour travailler avec la délégation militaire départementale, la gendarmerie ou la police, le SDIS et les communes voisines.
- Des exercices PCS qui associent les partenaires, pas seulement la mairie.
Ce que cela signifie pour les opérateurs d’infrastructures
Les opérateurs d’énergie, d’eau, de télécommunications et de transport portent presque directement les exigences 2, 4, 6 et 7. Le texte de l’OTAN demande à plusieurs reprises des plans de rétablissement élaborés avec les opérateurs, un partage d’informations, un accès prioritaire et des systèmes de secours. En France, cela recoupe le régime des opérateurs d’importance vitale (code de la défense, art. L1332-1 et suivants) et la transposition de NIS2 et de la directive sur la résilience des entités critiques (REC), engagée par le projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité, déposé au Sénat en octobre 2024. Pour les opérateurs, cela signifie :
- Des plans de rétablissement et de réparation que les équipes peuvent exécuter sans le système de conduite central.
- Une situation partagée des coupures, des équipes et des priorités avec les autorités qui décident de ce qui est rétabli en premier.
- Une planification de la continuité d’activité qui inclut des scénarios de crise et de conflit, comme l’OTAN y encourage explicitement.
- Des communications de terrain sécurisées et une gestion des appareils, qui comptent aussi au titre de NIS2.
- Des points de contact clairs pour la coordination civilo-militaire.
Ce que cela signifie pour les ONG et les associations de bénévoles
L’OTAN décrit la résilience comme un effort de toute la société, qui implique le secteur privé et la société civile. Les ONG et les groupes de bénévoles gèrent des hébergements d’urgence, distribuent nourriture et eau, recherchent des personnes disparues et soutiennent le système de santé. Pour être utiles dans une crise grave, ils doivent s’insérer dans les structures officielles plutôt que fonctionner en parallèle ; en France, la voie la plus directe est l’agrément de sécurité civile et les conventions avec la préfecture ou les communes :
- Savoir qui, dans le dispositif public, vous confiera des missions, et comment circulent les demandes et les comptes rendus.
- Tenir à jour la liste des personnes, qualifications et matériels que vous pouvez réellement engager.
- Pouvoir travailler hors ligne et partager positions et comptes rendus avec les partenaires sur demande.
- Avoir des règles pour la protection des données et pour ce que vous partagez avec les autorités ou l’armée.
- S’entraîner avec les organisations aux côtés desquelles vous travailleriez, y compris lors d’exercices civilo-militaires.
Autodiagnostic de résilience pour les organisations
Décider et diriger
- Qui décide si le responsable habituel est injoignable ?
- Où se réunit la cellule de crise si le bâtiment principal est inutilisable ?
- Comment les décisions sont-elles consignées pour pouvoir être revues ensuite ?
Communiquer
- Comment les équipes reçoivent-elles leurs tâches et rendent-elles compte sans données mobiles ?
- Quelles cartes, quels plans et quelles listes de contacts sont déjà sur les appareils ?
- Comment partagez-vous une situation commune avec l’armée, la police ou d’autres services ?
Rétablir
- Quels services rétablissez-vous en premier, et qui a validé cet ordre ?
- Comment les comptes rendus collectés hors ligne sont-ils fusionnés au retour des liaisons ?
- Quand avez-vous exercé cela avec vos partenaires pour la dernière fois ?
Sinkaos donne aux cellules de crise, aux opérateurs et aux équipes de bénévoles une situation opérationnelle partagée qui continue de fonctionner sans internet : packs de mission hors ligne sur les téléphones, serveurs de terrain locaux qui se synchronisent ensuite, et une chronologie qui consigne les décisions. Pour travailler aux côtés des forces armées, il prend en charge les symboles APP-6, les coordonnées MGRS et l’échange Cursor on Target avec les applications TAK. Ce n’est pas un système certifié OTAN et il ne traite pas d’informations classifiées. Voir préparation civile.
Questions sur les exigences de résilience de l’OTAN
Les exigences fondamentales sont-elles juridiquement contraignantes pour les communes ou les entreprises ?
Qu’est-ce qui a changé dans la révision de 2026 ?
Quel lien avec NIS2 et la directive REC ?
Les ONG ont-elles un rôle dans la résilience au sens de l’OTAN ?
Qu’est-ce que le soutien de la nation hôte ?
Sources
- OTAN : résilience, préparation civile et article 3 (en anglais)
- OTAN : 2026 Resilience Baseline Requirements (texte officiel, en anglais)
- OTAN : NATO’s Seven Baseline Requirements for Resilience (brochure, 2026, PDF, en anglais)
- OTAN : investissements de défense et engagement des 5 % (en anglais)
- Le Traité de l’Atlantique Nord (en anglais)
- Directive (UE) 2022/2557 sur la résilience des entités critiques (REC), EUR-Lex
- Ifri : l’OTAN, de Varsovie à Bruxelles (la France et l’Alliance)
- Code de la défense, art. L1332-1 et suivants, opérateurs d’importance vitale (Légifrance)
- Cned et SGDSN : formation des élus à la Stratégie nationale de résilience
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