Rédiger le dossier de sécurité d’une manifestation en France, avec liste de contrôle
Festival, course, marché de Noël, fête de quartier : la mairie ou la préfecture vous demandera tôt ou tard un dossier de sécurité. Ce guide propose une structure pratique (quoi évaluer, quoi écrire, qui le lit, quoi vérifier le jour J) et rappelle ce que le cadre français attend des organisateurs, du service d’ordre au dispositif prévisionnel de secours.
À quoi sert un dossier de sécurité
Le dossier de sécurité décrit comment l’organisateur protège le public, les participants et son propre personnel : qui décide de quoi, comment la foule entre et sort, comment le site est surveillé, comment un incident remonte et qui le traite, et ce qui se passe s’il faut tout arrêter. Il se range à côté du dossier secours, du plan de circulation, des pièces relatives aux structures provisoires et de la demande de débit de boissons temporaire.
Plusieurs lecteurs l’ouvriront. Le maire, autorité de police, veut savoir si l’ordre public et les secours ont été pensés. La police ou la gendarmerie regarde les accès et le service d’ordre, le SDIS les voies engins et les sorties, et votre assureur le relira après un sinistre. Le prestataire de sécurité et les chefs de poste, eux, ont besoin de leurs secteurs et de leurs consignes. Rédigez pour tous, mais gardez la partie opérationnelle assez courte pour qu’un chef de poste la lise vraiment au briefing.
Un test simple : si le rédacteur était injoignable pendant toute la manifestation, le PC pourrait-il la conduire avec le seul dossier en main ?
Ce que demande le cadre français
Aucune loi unique ne régit la sécurité des événements en France. Les obligations viennent des pouvoirs de police du maire, de textes propres à certaines manifestations (sportives, aériennes, pyrotechniques, rave-parties) et de la pratique de chaque préfecture. Commencez toujours par la mairie du lieu, puis par la page « manifestations » de votre préfecture.
Le maire assure le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques au titre de l’article L2212-2 du code général des collectivités territoriales. Il peut exiger un service d’ordre, le renforcer s’il le juge insuffisant, demander l’avis de la police, de la gendarmerie ou du SDIS, saisir la commission de sécurité pour des tribunes ou des chapiteaux, et interdire une manifestation qui menace l’ordre public. Le référentiel national des dispositifs prévisionnels de secours rappelle que les organisateurs de manifestations sportives, récréatives ou culturelles à but lucratif pouvant réunir plus de 1 500 personnes, public et personnel compris, doivent les déclarer au maire, et à Paris au préfet de police.
Les préfectures fixent ensuite leurs propres modalités. En Isère, par exemple, toute manifestation festive ou culturelle se déclare en mairie au moins deux mois à l’avance ; au-delà de 1 500 personnes présentes en même temps, l’organisateur dépose un dossier de sécurité en ligne, avec l’avis du maire, et la préfecture peut réunir organisateur, forces de l’ordre, secours et commune pour l’examiner, en particulier à partir de 5 000 personnes. Si vos agents de sécurité privée travaillent sur la voie publique, la société doit obtenir une autorisation préfectorale, demandée au moins un mois avant la mission dans ce département.
Côté secours, l’autorité de police peut imposer un dispositif prévisionnel de secours (DPS) dimensionné selon le référentiel national fixé par l’arrêté du 7 novembre 2006. Ce dispositif est assuré par des associations agréées de sécurité civile et se calcule à partir de l’effectif du public, de son comportement prévisible, de l’environnement du site et du délai d’intervention des secours publics. Au niveau international, la norme ISO 22353:2026 (Sécurité et résilience, lignes directrices pour la gestion des foules), parue en août 2026, couvre le profilage des foules, les capacités, les entrées et sorties et les plans de gestion de foule en situation normale et d’urgence.
Le rédiger, étape par étape
L’ordre ci-dessous convient à la plupart des manifestations. Chaque étape nourrit la suivante, si bien que le tableau des effectifs vient en cinquième position et pas en premier.
- Décrivez la manifestation. Dates, horaires d’ouverture, site, effectif attendu au pic (l’instantané compte plus que le cumul), profil du public, alcool, camping, artistes ou personnalités exposés, et ce qui a mal tourné les années précédentes.
- Évaluez les risques : densité et mouvements de foule, croisements entre véhicules et piétons, structures provisoires, météo, incendie, malaises, rixes, enfants égarés, vols, actes malveillants. Pour chacun, notez la probabilité, la gravité et la mesure retenue. La grille du référentiel DPS (comportement du public, accessibilité du site, délai des secours publics) donne un bon point de départ pour le volet secours.
- Calculez les capacités. Surface utile de chaque espace, largeur des entrées et des sorties, temps de remplissage et d’évacuation. Raisonnez sur le pire moment : la fin du concert de tête d’affiche, ou un orage qui pousse tout le monde vers la sortie en même temps.
- Fixez la chaîne de commandement : qui dirige le jour J, qui peut arrêter le spectacle, qui parle aux secours publics et aux forces de l’ordre, et qui remplace chacun en cas d’absence.
- Planifiez effectifs et secteurs. Agents de sécurité, service d’ordre bénévole, sécurité incendie et DPS, par secteur et par tranche horaire, avec des chefs de poste nommés et des effectifs que vous savez justifier.
- Prévoyez les communications : canaux radio, numéros, indicatifs, main courante, et la conduite à tenir quand le réseau mobile sature.
- Écrivez les procédures d’urgence. Arrêt du spectacle, évacuation partielle ou totale, mise à l’abri, confinement, enfant perdu, afflux de victimes, intempéries. Pour chacune : le déclencheur, le décideur et le texte exact de l’annonce.
- Briefez, exercez, débriefez. Un exercice sur table avec les principaux prestataires, une visite du site avant l’ouverture, puis un RETEX qui alimente l’édition suivante.
Ce que doit contenir chaque partie du dossier
| PARTIE | CONTENU | PRINCIPAUX LECTEURS |
|---|---|---|
| Présentation | Dates, horaires, site, effectif instantané, profil du public, historique | Mairie, préfecture, tous les prestataires |
| Analyse des risques | Dangers, probabilité, gravité, mesures retenues, risque résiduel | Mairie, préfecture, assureur |
| Plan du site | Entrées, sorties, voies engins, postes de secours, PC, moyens incendie, points de rassemblement | Tout le monde |
| Gestion de foule | Capacités, temps d’entrée et d’évacuation, files, suivi de la densité, seuils d’alerte | PC, sécurité, service d’ordre |
| Commandement | Rôles, qui arrête le spectacle, chaîne de décision, suppléants | PC, secours publics, forces de l’ordre |
| Effectifs | Nombre par secteur et par heure, chefs de poste, cartes professionnelles, horaires de briefing | Société de sécurité, association de secours |
| Communications | Canaux radio, indicatifs, annuaire, main courante, solution de repli | Tous les chefs de poste |
| Procédures d’urgence | Arrêt du spectacle, évacuation, mise à l’abri, confinement, enfant perdu, intempéries | PC, tous les chefs de poste |
| Liaison | Police ou gendarmerie, SDIS, SAMU, mairie, transporteurs, riverains | Organisateur, autorités |
| Traçabilité et RETEX | Ce qui est consigné, par qui, durée de conservation, le RETEX | Organisateur, assureur |
Liste de contrôle du dossier de sécurité
Deux à trois mois avant
- Déclaration faite en mairie, et dossier préfectoral déposé si le seuil de votre département est atteint.
- Arrêtés de circulation et de stationnement demandés, débit de boissons temporaire sollicité si besoin.
- Analyse des risques rédigée et partagée avec les principaux prestataires.
- Capacités calculées pour chaque espace, avec les temps d’entrée et d’évacuation.
- Chaîne de commandement validée, y compris qui arrête le spectacle et ses suppléants.
- Société de sécurité, service d’ordre et association agréée pour le DPS retenus, avec effectifs par secteur et par heure ; autorisation préfectorale demandée si des agents travaillent sur la voie publique.
- Procédures d’urgence écrites, avec déclencheurs et textes d’annonce.
- Dossier et contact nommé transmis à la mairie, aux forces de l’ordre, au SDIS et au SAMU, réunion de sécurité tenue si la préfecture en organise une.
Le jour J
- Visite du site faite : sorties dégagées, signalétique posée, barrières et structures contrôlées.
- Briefing de chaque équipe, avec secteurs, contacts et procédures d’urgence.
- Radios et téléphones testés, canaux confirmés, main courante ouverte.
- PC en place avant l’ouverture des portes, avec un plan du site à jour.
- Densité et longueur des files surveillées aux goulets connus.
- Chaque incident consigné avec l’heure, le lieu, qui l’a traité et l’issue.
Après la manifestation
- RETEX à chaud avec les chefs de poste avant qu’ils quittent le site.
- Main courante et chronologie exportées et conservées selon vos règles.
- Accès du personnel temporaire aux outils et aux canaux supprimés.
- RETEX formel sous deux semaines, avec constats, responsables et échéances.
- Dossier mis à jour pour l’édition suivante.
Communications et main courante
C’est souvent la partie la plus mince du dossier, alors que les incidents dérapent précisément là : entre le moment où quelqu’un voit un problème et celui où la bonne personne agit. Écrivez comment un membre du service d’ordre signale quelque chose, qui le reçoit, comment l’information passe à la sécurité ou au poste de secours, et comment le PC sait que c’est réglé.
Tenez une seule main courante, alimentée par tous, qui sépare l’heure des faits de l’heure du signalement. Partez du principe que le réseau mobile saturera aux heures de pointe : la radio pour les échanges vocaux urgents, des outils qui mettent les comptes rendus en file d’attente pour le reste. Notre page au-delà de WhatsApp et de la radio détaille ce point, et la fiche RETEX explique comment exploiter la main courante ensuite.
Sinkaos ne rédige pas le dossier. Il le fait vivre le jour J : plan du site avec secteurs et sorties, membres du service d’ordre qui rejoignent par QR code, incidents partagés entre sécurité, bénévoles et secouristes, chronologie exportable pour le RETEX. Voir sécurité événementielle et service d’ordre.
Ce que demandent souvent les organisateurs
Le dossier de sécurité est-il obligatoire ?
Quelle longueur viser ?
Qui le rédige ?
Service d’ordre, agents de sécurité, DPS : qui fait quoi ?
Faut-il un DPS pour une petite fête de village ?
Sources
- Préfecture de l’Isère : manifestations festives et culturelles, démarches des organisateurs (mise à jour du 27 février 2026)
- Référentiel national des missions de sécurité civile : dispositifs prévisionnels de secours (2006, PDF hébergé par la préfecture de l’Isère)
- Service-public.fr : déclarer une manifestation sur la voie publique
- ISO 22353:2026 Sécurité et résilience, lignes directrices pour la gestion des foules
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