Qu’est-ce qu’une situation opérationnelle partagée, et comment en construire une qui fonctionne ?
Une situation opérationnelle partagée (en anglais common operational picture, COP) est la vue unique et commune d’une opération, celle à partir de laquelle travaillent tous ses acteurs. Ce guide revient sur l’origine de l’idée et sur ce qu’elle contient. Il explique aussi pourquoi tant de tentatives finissent en jolie carte dont personne ne tient compte, et ce qu’il faut préparer avant votre prochaine opération.
Définition
Une situation opérationnelle partagée est un affichage unique et commun des informations qui comptent pour une opération : où se trouvent vos personnes et vos moyens, ce qui se passe, ce qui a été demandé à qui, et dans quelles conditions. Chaque personne qui a un rôle dans l’opération voit la même situation, filtrée selon ce qu’elle a le droit de voir, et les décisions se prennent sur cette base.
Le terme vient du commandement et du contrôle militaires, où il désigne un affichage identique partagé par plusieurs commandements, afin que la planification et l’appréciation de la situation concordent d’un échelon à l’autre. La gestion civile des urgences l’a repris. Le système américain de gestion des incidents NIMS (National Incident Management System) décrit la « common operating picture » comme une vue d’ensemble d’un incident, compilée à partir de nombreuses sources, qui donne au commandant des opérations et à chaque service en appui la même compréhension de l’état de l’incident, pour qu’ils prennent des décisions cohérentes et rapides.
Chaque mot compte. Partagée : les sapeurs-pompiers, la mairie et l’équipe de bénévoles regardent la même version. Opérationnelle : elle sert à ceux qui conduisent l’opération en ce moment, et non à rédiger un rapport plus tard. Situation : il s’agit le plus souvent d’une carte, car sur le terrain, la plupart des questions commencent par « où ».
Situation partagée et conscience de la situation
La conscience de la situation se forme dans la tête de chacun : remarquer ce qui se passe, comprendre ce que cela signifie et anticiper la suite. La situation opérationnelle partagée est l’information commune qui nourrit ce processus. Une bonne situation aide tout le monde à la fois à se faire cette idée, et le jugement reste celui des personnes qui la lisent.
La distinction a des effets concrets. Surchargée de capteurs, de flux et de traces, une situation peut brouiller la compréhension, car l’élément important s’y perd. Mieux vaut viser la situation la plus sobre possible qui réponde aux questions que l’opération doit réellement trancher.
Ce qu’on y trouve
Le contenu varie selon l’opération. La plupart des situations en usage reposent pourtant sur les mêmes briques :
- Moyens propres : personnes, équipes, véhicules et matériel, avec leur position et leur état (disponible, en route, sur place).
- Événements : incidents et observations remontés du terrain, chacun avec une heure, un lieu, une source et une gravité.
- Tâches : qui doit faire quoi, où, et si la personne en a accusé réception.
- Zones et éléments : secteurs de recherche, périmètres de sécurité, routes fermées, points de rassemblement, dangers, zones de regroupement des moyens.
- Contexte : météo et vigilances officielles, niveaux d’eau, trafic, mesures de capteurs, flux de caméras ou de drones quand il y en a.
- Temps : quand chaque élément s’est produit, quand il a été connu et quel âge il a maintenant. Une position vieille de quarante minutes présentée comme actuelle induit en erreur.
Face aux outils que les équipes ont déjà
| OUTIL | PARTAGÉ PAR TOUS | À JOUR | GARDE UNE TRACE |
|---|---|---|---|
| Carte papier et aimants au poste de commandement | Seulement les personnes présentes | Aussi à jour que le dernier appel radio | Une photo, si quelqu’un en prend une |
| Groupe de discussion | Tous les membres du groupe | Oui, mais dans l’ordre du fil | Des messages, pas des fiches structurées |
| Tableau de bord SIG ou BI | En général, le bureau | Selon qui met les données à jour | Souvent seulement le dernier état |
| Situation opérationnelle partagée | Chaque rôle, filtré par les droits | En direct s’il y a une liaison, en file d’attente sinon | Une chronologie rejouable |
Les cases décrivent un usage courant et ne visent aucun produit en particulier.
Pourquoi elles échouent si souvent
Les projets ratés faisaient presque tous bonne figure en démonstration. Le jour J, les raisons de l’échec sont banales :
- Personne n’est responsable d’une couche. Si personne n’est chargé de tenir à jour la couche des routes fermées, elle sera fausse à midi.
- Des données périmées ont l’air fraîches. Sans horodatage ni âge visible sur chaque élément, on agit sur d’anciennes positions.
- Elle a besoin de réseau. Les équipes de terrain perdent la couverture dans les vallées, les caves et en bordure de zone sinistrée. Une situation qui ne fonctionne qu’en ligne s’éteint au moment où l’on en a besoin. Voir cartes hors ligne pour les équipes de terrain.
- Les comptes rendus ne sont pas vérifiés. Une rumeur non confirmée et une observation confirmée affichées de la même façon minent la confiance dans toute la situation.
- Symboles différents, sens différents. Les services qui travaillent ensemble ont besoin de symboles convenus. Les partenaires militaires utilisent la symbologie APP-6 ; les équipes civiles ont souvent leurs propres jeux.
- Elle n’existe que dans la tête d’une personne. Quand le coordinateur est seul à savoir la lire, la situation n’a plus rien de partagé.
Mettre en place une situation partagée, étape par étape
Avant
- Écrire les cinq ou six questions auxquelles la situation doit répondre (où sont nos équipes, quels secteurs sont terminés, qu’est-ce qui reste ouvert).
- Choisir les couches et nommer un responsable pour chacune.
- Convenir du jeu de symboles et du format de coordonnées avec chaque partenaire, y compris MGRS ou références de quadrillage si les partenaires les utilisent.
- Préparer les cartes hors ligne et le plan sur chaque appareil qui part sur le terrain.
- Définir les rôles et les droits, y compris un accès limité dans le temps pour les invités d’autres organisations.
Pendant
- Consigner incidents et tâches sous forme de fiches, en plus des messages de discussion.
- Marquer les comptes rendus comme non vérifiés, vérifiés ou contestés.
- Surveiller l’âge des positions et le volume de comptes rendus en attente de synchronisation.
- Faire chaque relève à partir de la situation, pour que l’équipe suivante parte de la même vue.
Après
- Rejouer l’opération et comparer le plan avec ce qui s’est passé.
- Noter où la situation était fausse ou en retard, et pourquoi.
- Exporter la chronologie pour le retour d’expérience (RETEX) et mettre à jour le modèle.
Sinkaos est construit autour d’une situation opérationnelle partagée. Personnes, incidents, tâches, messages et données en direct tiennent sur une seule carte ; chaque téléphone emporte un pack de mission hors ligne, et la chronologie distingue le moment d’un fait de celui où on l’a appris. Un compte rendu rédigé sans réseau attend dans la file, puis prend sa place sur la chronologie à son arrivée. Voir comment ça marche.
Questions courantes
Dit-on « common operational picture » ou « common operating picture » ?
Une situation partagée doit-elle être une carte ?
Qui doit tenir la situation à jour ?
Quelle différence entre une situation partagée et un SITREP ?
Une situation partagée peut-elle fonctionner sans internet ?
Essayez-le lors de votre prochaine opération.
L’accès anticipé est gratuit. Nous configurons la première opération avec vous et restons proches pendant que vous l’utilisez.